Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 17:47

   L'empire du moindre mal est le titre d'un des livres de Jean-Claude MICHEA paru en 2007. L'auteur, de façon claire et précise, aborde un sujet assez complexe: le libéralisme et la civilisation libérale. En effet, que sait-on du libéralisme, hormis les visions qu'en nous donne les politiques, les économistes et les journalistes?

   En général, on a coutume de distinguer un « bon » libéralisme politique et culturel (incarné par la gauche) et un « mauvais » libéralisme économique (incarné par la droite) qui se décline en un « vrai » libéralisme (comme décrit par les auteurs classiques), un néo-libéralisme ou un ultra-libéralisme.

   Mais, la thèse que défend Michéa est « que le mouvement qui transforme en profondeur les sociétés modernes doit être fondamentalement compris comme l'accomplissement logique (ou la vérité) du projet philosophique libérale, tel qu'il s'est progressivement défini depuis le 17ème siècle, et, tout particulièrement, depuis la philosophie des  Lumières ». Même si Michéa sépare les intentions des différents auteurs classiques des effets politiques et civilisationnels que leur système de pensée a contribué à engendré, il affirme que « le monde sans âme du capitalisme contemporain constitue la seule forme historique sous laquelle cette doctrine libérale originelle pouvait se réaliser dans les faits. Il est, en d'autres termes, le libéralisme réellement existant ». En quelques sortes, les intentions des auteurs classiques tels qu'Adam Smith ont inévitablement engendré la société post-moderne ultra-libérale dans laquelle nous vivons aujourd'hui. En effet, la manufacture d'épingles de Smith n'emploie que dix ouvriers; ce dernier n'aurait jamais pu imaginer que sa « main invisible » aboutirait à une économie mondiale dominée par les banques et les multinationales.

   Et donc, malgré un grand nombre d'auteurs et les nombreuses différences qui les opposent sur tel ou tel point, il faut voir le libéralisme « comme un courant dont les principes non seulement peuvent, mais, en fin de compte, doivent être philosophiquement unifiés ». Doctrine libérale et projet occidental moderne sont indissociables. Le libéralisme est donc l'idéologie moderne par excellence.

 

   Ensuite, Michéa nous explique quelque chose de fondamental: « Pour comprendre la nature de ce dernier [le projet moderne], encore faut-il se garder de toute illusion rétrospective ou ethno-centrique (précaution méthodologique généralement négligée). Il s'agira donc d'éviter, autant qu'il est possible, d'expliquer les moments fondamentaux de sa génèse en s'appuyant essentiellemet sur des schémas idéologiques apparus avec lui, et principalement destinés à en permettre l'autojustification. Cela implique, en premier lieu, que le travail de modernisation accompli par les sociétés européennes ne soit plus considéré a priori comme une simple étape historiquement nécessaire des progrès de la Raison (ou du « développement des forces productives ») et, par conséquent, comme un mouvement à la fois inéluctable et irréversible, auquel toutes les autres civilisations existantes n'ont  (ou n'avaient) ni le droit ni les pouvoir de s'opposer. Ce n'est qu'une fois désactivée cette mythologie naÏve (bien qu'essentielle à la définition de la modernité par elle-même)  qu'il devient possible de traiter le problème philosophique sur ces bases véritables.On cessera alors de dresser la liste interminable des « blocages » ou des « obstacles » qui auraient si longtemps écarté les différentes sociétés « pré-modernes » du développement « normal » de la Civilisation. On se demandera, au contraire, quel  « concours fortuit de causes  étrangères » (selon l'expression de Rousseau) a précipité l'avènement de l'exception occidentale, contribuant ainsi à rendre intelligible le chemin historiquement inédit, à défaut d'être nécessairement exemplaire, que les sociétés européennes ont choisi d'emprunter à partir du 17ème siècle. »

   Tout d'abord, la première de ces causes (ou conditions) est l'invention de la science expérimentale de la nature, la Sienza nuova, qui a donné « une assise métaphysique particulièrement solide à la notion de Progrès ». Mais elle a également favorisé la croyance « selon laquelle l'extension de la méthode galiléenne à l'étude de la nature humaine pourrait bientôt permettre d'édifier une « physique sociale » et, à travers celle-ci, de créer les conditions d'un traitement enfin « scientifique » et « impartial » du problème politique. »

   Ensuite, dans ce « concours fortuit de causes étrangères », le contexte historique a été primordial: la guerre civile idéologique, c'est-à-dire la guerre de religion, provoqua un traumatisme chez tous les contemporains. En effet, une guerre civile ravage une société de l'intérieur au sens où « elle affecte de manière plus radicale encore [que les guerres opposants deux pays] la nature même des rapports humains. »

 

   Voilà, c'était un petit résumé du premier chapitre. J'espère que ça vous a donner envie de le lire.

 

 

                                                                                  

Partager cet article
Repost0

commentaires